Blog Ozécla - Edwina Girard : « L’émotion, c’est ce qui crée de la cohésion » 

-- Événementiel --

Faire vivre l’émotion au cœur du corporate selon Edwina Girard
Comment créer de vraies émotions dans un événement d’entreprise ? Edwina Girard, fondatrice d’Ozécla, revient sur 10 ans d’expérience, la naissance de l’agence et sa vision de l’événementiel. Humour, surprise, immersion et écoute : elle dévoile comment l’art peut créer du lien, renforcer la cohésion et faire vivre aux collaborateurs des expériences qui sortent vraiment du quotidien.
Edwina Girard a fondé Ozécla il y a dix ans. Ozécla se définit comme la première agence d’humour et d’artistes, dont les piliers sont l’humour, le spectacle vivant et l’émotion, et qui aime bousculer les codes du corporate.
 
Canulars, improvisation, murder parties, spectacles, RSE… Derrière ces formats parfois très différents se cache une même ambition : faire vivre aux collaborateurs quelque chose qu’ils ne vivraient pas dans leur quotidien professionnel. 

Nous avons échangé avec Edwina sur la naissance d’Ozécla, sa manière de comprendre les besoins des entreprises et surtout sur cette question qui guide une grande partie de son travail : comment créer de vraies émotions dans un événement corporate ? 
 

Ozécla fête ses 10 ans. Comment cette aventure a-t-elle commencé ?
 
Edwina Girard : Ozécla est finalement une entreprise qui s’est construite très naturellement autour de ma personnalité. Avant de la créer, je travaillais dans la publicité et les médias, dans des fonctions commerciales. Et déjà à l’époque, j’essayais régulièrement d’introduire de l’artistique et de l’humour dans l’entreprise : écrire un scénario avec mes collègues, tourner une vidéo pour nos clients, imaginer des moments qui permettaient de créer une relation différente… En quelque sorte, je faisais déjà du Ozécla sans savoir qu’un jour j’en ferais une entreprise ! 

Quand je me suis lancée, l’idée était beaucoup plus simple qu’aujourd’hui : créer une agence d’humour pour les entreprises. Puis les demandes des clients, les artistes rencontrés et les événements nous ont progressivement amenés vers l’improvisation, le théâtre, les murder parties, les formations, les canulars ou encore des expériences artistiques complètement sur mesure. Et finalement, Ozécla est devenu un prolongement de ce que j’aime : le spectacle, les gens et les émotions. 
 

Aujourd’hui, quelle est la promesse d’Ozécla ? 

E.G. : Pour moi, c’est assez simple : mettre l’art au service des entreprises, soit pour répondre à une problématique corporate, soit simplement pour apporter de l’émotion. Et souvent, les deux se rejoignent. Une entreprise peut vouloir renforcer sa cohésion, transmettre un message, sensibiliser à un sujet ou accompagner un changement. Mais elle peut aussi simplement vouloir offrir un très bon moment à ses collaborateurs. Tout n’a pas besoin d’avoir quinze objectifs derrière. Parfois, faire rire les gens ensemble pendant une heure est déjà extrêmement puissant. 
 

Lorsqu'un client vous contacte, comment identifiez-vous son véritable besoin ? 

E.G. : C’est justement l’une des difficultés du corporate : la personne qui nous appelle n’a pas forcément exactement le même besoin que son manager, sa direction ou les collaborateurs qui participeront à l’événement. Donc on écoute énormément. Une des premières choses que j’essaye de comprendre, c’est : est-ce qu’ils veulent faire passer un message ou est-ce qu’ils veulent faire passer un bon moment ? Et bien sûr, parfois, ils veulent les deux. Quand la demande reste floue, j’aime poser une question très simple : « Qu’est-ce que vous voulez que les collaborateurs se disent en sortant de cet événement ? » La réponse permet souvent de revenir à l’essentiel. Parce que vouloir traiter la cohésion, le management, la transformation, la RSE, la communication interne et six autres problématiques en une heure et demie, ça ne fonctionne pas. Une bonne expérience commence aussi par des objectifs réalistes. 
 

Comment passe-t-on ensuite du besoin à l'expérience ? 

E.G. : Le contexte change tout. On ne propose pas la même animation à des collaborateurs qui sortent de trois heures de plénière qu’à des personnes qui sont au milieu d’un cocktail à 22 heures. On regarde qui ils sont, leurs métiers, le moment de la journée, le lieu, l’objectif recherché et l’énergie générale de l’événement. Parfois, une prestation de notre catalogue correspond immédiatement. Dans d’autres cas, le client arrive en demandant quelque chose qui, selon nous, ne fonctionnera pas dans son contexte. Notre rôle est aussi de le lui dire et de le réorienter. Et puis il y a toutes les fois où, en écoutant le client, une nouvelle idée apparaît. Certaines prestations Ozécla sont nées exactement comme ça : elles ont d’abord été imaginées sur mesure pour une entreprise, avant de rejoindre ensuite notre catalogue. 
 

Quel est le secret pour réellement provoquer une émotion ?
 
E.G. : Pour le rire, je dirais d’abord l’écoute et l’interaction. Il faut savoir à qui on parle. Connaître un peu leurs métiers, comprendre pourquoi ils sont réunis, écouter ce qui s’est passé pendant l’événement… Et surtout, je n’aime pas le quatrième mur. Dans un événement d’entreprise, je veux que les artistes puissent parler aux collaborateurs, rebondir sur ce qu’ils disent et créer une vraie connexion. 

Parce qu’un public corporate peut être beaucoup plus retenu qu’un public qui a volontairement acheté une place pour aller voir un spectacle. Les collaborateurs n’osent pas toujours rire très fort ou applaudir devant leurs collègues et leur direction. Notre travail consiste donc aussi à envoyer un signal : ici, vous avez le droit de lâcher prise. C’est notamment pour cela que j’adore commencer certaines expériences avec un canular. La surprise casse immédiatement quelque chose. Les participants comprennent que, pendant quelques instants, les règles habituelles de l’entreprise ne sont plus tout à fait les mêmes. 
 

Chez Ozécla, il n'y a pourtant pas que le rire… 

E.G. : Le rire reste évidemment notre émotion principale, avec la surprise, mais j’aime énormément aller chercher d’autres émotions positives. Je me souviens notamment de la première fois où une prestation Ozécla a fait pleurer quelqu’un d’émotion. Je me suis demandé : qu’est-ce qui est le plus incroyable, faire rire ou faire pleurer ? C’est aussi ce qui nous a amenés à imaginer Ozémotions, une expérience dans laquelle nous travaillions autour de plusieurs émotions : la joie, la surprise, l’amour, la peur… Cette prestation nous a d’ailleurs permis de remporter un trophée au salon Heavent. Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est de créer de l’intimité. Plutôt que de mettre systématiquement un artiste sur une grande scène devant 200 personnes, on peut isoler quelques participants dans une pièce et leur faire vivre cinq minutes avec une chanteuse lyrique, une danseuse et un violoncelliste à quelques mètres d’eux. À cet instant, ils ne sont plus vraiment « au travail ». Ils vivent juste quelque chose. Et c’est souvent là que l’émotion devient extrêmement forte. 

 
Comment savez-vous qu'une prestation a fonctionné ? 

E.G. : Je suis beaucoup dans les énergies. Quand je suis présente sur un événement, je sens vraiment la différence entre l’avant et l’après. On la voit dans les sourires, les rires, mais surtout dans ce qui continue une fois que la prestation est terminée. Les gens restent ensemble, parlent encore de ce qu’ils viennent de vivre, vont voir les artistes… Et parfois, des collaborateurs avec lesquels nous n’avons eu aucun contact pendant l’organisation viennent spontanément nous remercier ou nous demander nos coordonnées. C’est généralement un très bon indicateur. 

Pour la cohésion, je suis convaincue que l’émotion joue un rôle énorme. L’émotion, c’est ce qui fédère et provoque de la cohésion. Elle aide également à mémoriser. C’est notamment pour cela que nous utilisons beaucoup la gamification, l’humour ou la mise en situation lorsque nous devons transmettre un message. Évidemment, dire qu’un message sera retenu six mois plus tard nécessiterait de le mesurer réellement. Il faut rester honnête là-dessus. 
 

Provoquer volontairement des émotions comporte-t-il des risques ? 

E.G. : Oui, bien sûr. Et c’est justement pour cela que notre métier ne consiste pas uniquement à « faire des trucs drôles ». Quand on utilise l’humour, l’improvisation, l’hypnose, le théâtre ou des expériences immersives, on touche à l’humain. Une blague peut être mal interprétée. Un canular peut aller trop loin. Une situation fictive peut faire écho à quelque chose de très personnel chez quelqu’un. Avec les années, nous avons énormément appris à cadrer ces expériences. 

Avant une prestation, nous échangeons avec le client sur les sujets sensibles, les éventuels interdits et le contexte humain de l’entreprise. Parfois, la meilleure solution consiste même à mettre une personne particulièrement sensible dans la confidence d’un canular plutôt que de prendre le risque de provoquer une émotion négative. On peut énormément s’amuser, mais il faut toujours garder cette responsabilité en tête. 
 

L'émotion fonctionne-t-elle différemment en corporate et auprès du grand public ? 

E.G. : La principale différence, c’est que le public d’un événement grand public a généralement choisi d’être là. Si quelqu’un achète une place pour voir un spectacle de stand-up, il sait ce qu’il vient voir. Il aime probablement ce type d’humour et il vient souvent avec des personnes qui partagent ses goûts. 

Dans une entreprise, ce n’est pas du tout la même chose. Les collaborateurs n’ont pas forcément choisi l’événement, ils ont des personnalités très différentes, des niveaux hiérarchiques différents et surtout des sensibilités différentes. Il faut donc beaucoup plus de souplesse. 

C’est pour cela que j’aime particulièrement travailler avec des improvisateurs et des improvisatrices. Ils peuvent s’adapter en direct au public, à son énergie et à ses réactions. Pour pouvoir provoquer une émotion, nous devons nous-mêmes être extrêmement souples et à l’écoute. 
 

Quelle place l'émotion devrait-elle prendre dans l'événementiel d'entreprise ?
 
E.G. : Je pense qu’on n’en est encore qu’au début. Il y a des entreprises qui travaillent déjà beaucoup là-dessus et qui nous font confiance depuis des années. Mais globalement, je trouve qu’on prend encore un peu trop les gens pour des robots au travail. Parfois, on nous dit : « Ça risque d’être un peu trop pour notre entreprise. » Mais derrière, la vraie question est souvent : qu’est-ce que ma direction va penser si je propose ça ? 

Alors que lorsqu’on organise un événement pour créer de la cohésion ou offrir un bon moment aux collaborateurs, il faudrait aussi se demander ce qu’eux ont envie de vivre. L’entreprise peut donner accès à des expériences que les personnes ne vivraient probablement jamais autrement. Un spectacle improvisé créé uniquement pour eux. Une murder party grandeur nature. Un canular totalement inattendu. Ou cinq minutes seul face à trois artistes dans une pièce éclairée à la bougie. Ce sont ces moments-là que les gens retiennent. 

Et finalement, c’est probablement ça que j’aime le plus dans notre métier : faire oublier pendant quelques instants qu’on est dans un événement d’entreprise.